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lundi 13 avril 2015

Phnom Penh

Souo Sadai (bonjour en Cambodgien)

Arrivés tôt grâce à notre bus de nuit, une fois notre hôtel trouvé, nous avons directement pu partir à la découverte de la ville.

On ne peut pas vraiment dire que ce soit très « agréable » de se balader dans les rues de Phnom Penh. La plupart sont surchargées, le trafic routier est un désordre total, les trottoirs sont envahis de tout et n’importe qui (resto, vendeurs ambulant, tuk-tuk ou scooter stationnés, poubelles, etc…) vous obligeant souvent à marcher sur la route. Toutefois, ce qui reste drôle c’est l’imagination des Cambodgiens en ce qui concerne le transport : 5 sur un scooter (en sachant que l’âge minimum pour en conduire un semble être « quand les pieds touchent l’embrayage »… 10 ans donc…), des scooters avec 10 packs de bières coincés entre le conducteur et le guidon, ou des barres d’acier de 6m pendant à l’arrière, ou encore un passager tenant un pare-brise. Dans la catégorie 4 roues nous avons vu des mini-bus REMPLIS à ras-bord d’ananas, des mini-vans toujours, remplis aux quatre tiers avec encore un mec sur le toit pour tenir l’étagère qui ne voulait pas rentrer,  etc… Le tout dans une circulation anarchique ou tout est autorisé, et où la seule règle semble être « chacun pour soi ». Traverser une avenue à pied peut vite devenir un challenge.


L’après-midi, afin de compléter notre visite des temples d’Angkor, nous avons décidé de nous rendre dans un endroit beaucoup plus calme, le musée national des beaux-arts. En effet, grâce à la visite guidée que nous avons décidé de faire, et du nombre de reliques provenant de ce merveilleux site, nous avons pu anckor en apprendre un peu plus ! Par exemple, c’est ici que se trouve une copie du  linteau dérobé par Malraux. Nous avons aussi appris que lorsque dans une même famille hindouiste, certains souhaitent vénérer Shiva et d’autres Brahma, alors on se mettait d’accord sur une seule divinité composée à moitié de Shiva et à moitié de Brahma… d’où une statue avec un visage et une coiffe divisés en deux et travaillés différemment. Plutôt simple non ? Nous avons aussi pu voir la cabine de la barge royale, retrouvée dans le Tonlé Sap, le plus grand lac d’Asie du sud-est, véritable poumon vert et cœur du Cambodge. Une autre pièce intéressante est une grande urne funéraire dans laquelle était incinéré le roi défunt en position fœtale (ce qui oblige à sectionner les tendons !?) avant la cérémonie funéraire royale. Toutefois, elle n’a servi que deux fois.

La journée suivante fût chargée en visites et encore plus en émotion. Nous avons prévu de consacrer une journée entière pour essayer de comprendre le génocide enduré pendant les 3 ans, 8 mois et 20 jours de cauchemar et d’atrocités subies par le peuple Cambodgien sous le régime de Pol Pot.

Dans le but de mieux comprendre la suite de cet article et peut-être de vous faire découvrir une partie de l’histoire traumatisante de ce pays, voici un « bref » résumé de la situation cambodgienne entre 1975 et 1979.

En 1966, Sihanouk, chef d’état socialiste, voit le général Lon Nol accéder au poste de 1er ministre, soutenu par l’armée et la bourgeoisie de Phnom Penh, qui ont peur de la montée en puissance du socialisme. Sihanouk forme alors un « contre gouvernement », qui engendrera une totale anarchie dans le pays, suivie de conflits. Des groupes prosocialistes, appelés « Kmers rouges » par Sihanouk se réfugient dans les maquis et combattent les troupes gouvernementales. En 1970, le coup d’Etat d’un nouveau gouvernement encouragé par la CIA, destitue Sihanouk de ses fonctions, et invite le peuple cambodgien à la résistance. Ces derniers rejoignent les Khmers Rouges dans les maquis alors que le reste de la population se réfugie à la capitale, Phnom Penh. Les quatre années suivantes ne sont que guérillas et se finissent en 1975, lorsque la résistance, qui a déjà repris toutes les campagnes, reprend la capitale. Puis, rapidement, prétextant des bombardements américains imminents les « libérateurs » ordonnent à TOUS les habitants (nouveaux-nés, vieillards,…) de quitter la ville pour gagner les rizières afin d’assurer l’autosuffisance du pays (pays désormais appelé « Kampuchéa Démocratique »). L’Angkar, la nouvelle organisation suprême des Khmers rouges, en fait de même pour toutes les villes du pays. C’est « l’année zéro » !

« Il est plus facile de tuer un innocent par erreur que de laisser vivre un ennemi »


La population de la capitale (soit 2,5 millions de personnes à ce moment-là) puis, peu après, celle de toutes les villes du pays sont déportées en trois groupes : les militaires, représentant une menace potentielle, sont purement exécutés. Les « intellectuels » (en fait toute personne portant des lunettes, parlant une langue étrangère ou semblant juste être dotée d’un soupçon d’intelligence…) sont déportés, torturés jusqu’à ce qu’ils avouent une (fausse) liaison avec la CIA ou le KGB, et finalement exécutés dans des « villages spéciaux » (comme la prison S21 que nous avons visitée). Enfin, les autres, étant considérés comme « le peuple de base » sont conduit de force dans les rizières de leur village natal, et réduits au rang d’esclaves sous-alimentés, travaillant la terre à mains nues 12h par jour. Ceux qui ne sont pas exécutés se tuent rapidement à la tâche, exposés aux maladies et au soleil.

La prison S21 justement est en fait un lycée, abandonné et vidé comme beaucoup d’édifices publics ou religieux (hôpitaux, pagodes, etc…) Les bonzes et la communauté musulmane Cham sont eux aussi massacrés.


« A l’image d’un arbre, il faut attaquer le problème (le suspect) à la racine, (la famille donc, nouveaux nés compris) »


Pour encore plus de cruauté, quand un « suspect » est arrêté et exécuté, c’est très souvent aussi le sort de toute sa famille, femmes, enfants et vieillards compris… Les bébés sont tués, projetés contre les arbres, et les autres la nuque fracassée à la barre de fer ou à la pioche, par souci d’économie de munitions.

« D’où que vous veniez, imaginez que l’on exécute une personne sur quatre de votre pays »

La prison S21 ne pouvant contenir prisonniers et cadavres, et la macabre cadence augmentant affreusement, la décision est prise de déplacer le lieu d’exécution à  15km de là, sur le site de Choeung Eku, appelé aussi Killing Fields de nos jours, que nous avons aussi visité. Mais ce camp, qui comptera finalement près de 16 000 corps, n’en est malheureusement qu’un parmi beaucoup d’autres et les corps s’entassent dans les fausses communes aux quatre coins du pays. On estime à près de deux millions le nombre de victimes des Khmers Rouges.

Derrière ces abominables faits, se cache (parmi d’autres) un homme aux initiales marquantes, « S.S. », se fait appeler Pol Pot, et est un grand admirateur de Staline et ho surprise… d’Hitler !! En 1976 il accède au poste de premier ministre et met en place ses atrocités, à l’aide d’adolescents (endoctrinés plus facilement) issus des campagnes, et déjà réticents au pouvoir de Phnom Penh. Le personnage qui a marqué la prison de la capitale est sans aucun doute Duch, le tortionnaire en chef, directement responsable de plusieurs milliers de morts.


Seules 7 personnes sont sorties vivantes de la prison  S21 : parmi eux des enfants chanceux et des hommes ayant eu l’opportunité de pouvoir apporter quelque chose aux bourreaux en l’échange d’un peu de confort (nourriture suffisante, cellule personnelle, etc…) et surtout de la vie : par exemple, un dénommé Nath, peignait des portraits des grands responsables. Plus tard, il dessinera de mémoire des scènes marquantes de la « vie » en prison.

Finalement, c’est en 1978 que les Khmers Rouges, menaçant la frontière Vietnamienne sont chassés du Cambodge par l’armée voisine.

Ce n’est que début 2009 que s’est finalement ouvert le procès des khmers rouges, avec seulement cinq inculpés, certains ayant trouvé la mort depuis, comme Pol Pot en 1998. Après une première condamnation de 35 ans en 2010, c’est lors de l’appel en 2012 que Duch écope de la prison à perpétuité. C’est le premier verdict définitif de ces procès. Sur les quatre autres inculpés, un est mort en 2013 avant son procès (ancien vice-premier ministre du régime) et une autre (sa femme, ministre aussi) a été jugée inapte à endosser une condamnation pour trouble neurologiques. Enfin, les deux autres vieillards encore en vie, le bras droit de Pol Pot ainsi que le président de l’époque ont eu le droit (à la vue du nombre de chefs d’inculpations) à une procédure en 2 procès, afin qu’un verdict soit prononcé avant leur mort. Le premier verdict pour ces responsables de premier rang est tombé en Aout 2014 : prison à perpétuité ! Le second procès piétinait depuis des mois mais a repris en ce début d’année 2015. Affaire à suivre…. même 35ans après les drames !


En ce qui concerne nos visites nous avons tout d’abord commencé par le centre de ressources audiovisuelles Bophana, tout proche de notre hôtel, où il est possible de visionner plusieurs films à ce sujet. Nous en choisissons un, intitulé « Bophana une tragédie Cambodgienne » et portant malheureusement bien son titre… L’histoire vraie, tirée de confessions écrites, d’une femme et de son mari, déportés puis exécutés au camp S21.

 

Ensuite, nous sommes allés dans cette prison tristement célèbre, désormais transformée en musée. On a pu découvrir ces murs et ces minuscules cellules ayant accueillis des tas d’innocents, ces grandes salles vides dans lesquelles une quarantaine de détenus étaient entassés, où parfois dans lesquelles seul un lit de torture se trouvait… La grande majorité des balcons étaient fermés par des barbelés, afin d’éviter les suicides. Dans un autre bâtiment, des milliers de portraits de détenus photographiés à leur arrivée pour tenir un registre des arrivées et des « départs ». Certains étaient légendés de l’histoire de leur déportation faite par leurs proches. Poignant !




On a aussi pu admirer les peintures marquantes, presque choquantes (bien que moins réaliste qu’une photo) de Nath, l’un des sept survivants. On y découvre les différents moyens de tortures, fouet, noyade, arrachage des ongles, etc… Et aussi un autoportrait, dans sa petite cellule. Marquant !

Dans une autre salle encore, on voit comment d’ancien Khmers Rouges ont réussi à réintégrer une vie normale après cette tragique période. Certains sont devenus piroguiers ou agriculteurs, d’autres sont restées mères de famille. Sans doute une expo dans l’espoir d’une réconciliation du peuple cambodgien.


Puis nous avons parcouru la route que de trop nombreux prisonniers n’ont emprunté que dans un seul sens, celle qui mène jusqu’au camp d’extermination de Choeung Ek, appelé aussi Killing Fields.


Ici, les condamnés étaient exécutés de façon barbare, à coup de crosse ou de barre de fer, avant d’être entassés dans des fosses communes. Des chants communistes étaient diffusés suffisamment fort pour couvrir les cris des exécutés et ne pas effrayer les nouveaux arrivants. Les ossements de près de 9000 personnes ont été mis au jour, ne représentant que la moitié des corps enfouis. La pluie fait encore parfois remonter vêtements et ossements. Un grand mémorial a été érigé pour accueillir les crânes sortis de terre… et est rapidement devenu plein.


Voilà, c’est peut-être un peu violent pour découvrir une partie de l’histoire d’un pays, mais c’est certainement aussi la meilleure façon de se rendre compte de ce que le pays a enduré, et que cela ne soit jamais oublié.

Après une semaine passée (encore) bien trop rapidement, demain, nous quittons ce fabuleux pays qu’est le Cambodge pour le Vietnam.

mardi 7 avril 2015

Siem Reap - Les temples d’Angkor

Après une longue et fatigante journée dans un bus, pourtant confortable et bien équipé (même le WiFi !!) nous voilà enfin arrivés à bon port ! Siem Reap, ville toute proche des temples d’Angkor, site inscrit au patrimoine mondial de l’humanité ayant fait rêver plus d’un voyageur.

Avant de s’attaquer à la découverte et la visite des fameux temples, nous souhaitions avoir une petite introduction concernant ces monuments et cette période, tous deux historiques pour le pays.

C’est donc logiquement que nous nous sommes dirigés vers le musée d’Angkor pour notre première matinée, afin d’en apprendre un peu plus sur la civilisation Khmère, forte puissance de l’époque.

Nous découvrons alors une première salle, celle dite des « milles bouddhas », certains en pierre, d’autres en bois ou encore dorés, représentés dans différentes postures mais tous d’origines cambodgiennes et remarquablement bien conservés. Plus loin, des statues Hindoues aussi y sont conservées, comme Brahma, Vishnou ou Shiva, les 3 principaux dieux de cette religion. On y retrouve aussi des Nagas, ce serpent à 7 têtes protecteur des eaux est parfois représenté au-dessus de bouddha, le protégeant. Et enfin, les rois importants ayant forgé un empire dont cette merveilleuse cité en fût la capitale. Voici un peu d’histoire :

A l’origine, un royaume Cham, (Sud Vietnam et Sud Cambodge), Mon-Khmere (Cambodge et basse birmanie) et enfin Siam (Thailande). Au VIème siècle, un guerrier Khmèr prend le Mékong au Chams, puis son successeur gagnera encore du terrain puis fondera une nouvelle capitale, des villes et de nouveaux sanctuaires. Le Cambodge est né ! Ensuite, vers l’an 800, un certain Jayavarman II agrandit encore le territoire avant qu’un de ses successeurs, Yasovarman, fonde une énième capitale, le premier Angkor, (qui signifie « capitale » en langue Khmère). En 1113, un prince sans scrupule, Sûryavarman II, élargit encore le territoire Khmèr, au point qu’on parle désormais d’Empire Khmèr. A l’image de cette nouvelle puissance, il fait construire le plus majestueux des édifices : Angkor Wat, un temple dédié à… Vishnou, dieu suprême hindouiste ! Et oui, jusqu’à maintenant l’hindouisme est la religion prédominante dans l’empire. En 1177, une flotte Cham remonte le Mékong, s’empare du royaume et pille même Angkor. S’il ne faudrait retenir qu’un seul nom de rois, ce serait certainement celui-ci, Jayavarman VII (J7 pour les intimes), qui libéra rapidement le pays et rebâtit la cité d’Angkor. Il convertit l’ensemble de l’Empire au Bouddhisme, et éleva de nouveaux monuments telle que la ville royale, Angkor Thom, véritable ville dans la ville, qu’il protégea par de hautes murailles et de large douve. Il se fait aussi représenter au sommet du Bayon, « la montagne magique » et dresse de nombreux autres temples comme Ta Phrom, Preah Khan ou Banteay Prei… Par la suite, la cité vivra un fort déclin et sera peu à peu délaissée, abimée par le temps, puis même pillée par les Thaïlandais en 1351.

Une histoire chargée donc (pardon pour le pavé) mais qui nous laisse une grande quantité de merveilles qu’il nous est possible de découvrir aujourd’hui ! En avant !

Paradoxalement, pour commencer notre visite du site, nous nous sommes rendus en tuk-tuk en dehors de ce dernier, à 25km au nord, au temple de Banteay Prei, souvent délaissé par les touristes. Pourtant les gravures et autres bas-reliefs visibles ici sont sans doute les plus fins de tous, à tel point qu’on dit parfois que ce travail n’était faisable que par des femmes, donnant son surnom « la citadelle des femmes ». C’est d’ailleurs ce qui a certainement intéressé un français, André Malraux, qui vola plusieurs frontons sculptés, qui n’ont finalement jamais quitté le Cambodge. (Des frontons sont visibles au musée Guimet de Paris, et au musée d’art de Phnom Penh.) Malraux plaida le « Res Nullius » (le délit est nul puisque l’objet n’appartient à personne. Pardon mais voilà ce que c’est de fréquenter une juriste…)







 

Le lendemain, il était temps de se lancer à la découverte des principaux sites. Une multitude de façon de visiter le site existe, en tour organisé, en trouvant un guide, en tuk-tuk, en scooter, en vélo… Pour notre part, ce sera vélo, en essayant de trouver un itinéraire et des heures nous permettant d’éviter les cars de touristes (chinois) se déversant devant les temples !
A 4h30 donc, nous étions devant notre loueur de vélo, averti la veille de notre passage matinal, et pourtant obligé de taper au carreau pour qu’il daigne nous ouvrir. Quatre kilomètres séparent la ville de Siem Reap, où nous logeons, du site d’Angkor ; il nous faut donc les parcourir à la lueur des lampes frontales… Juste le temps d’une mise en jambe ! Nous prenons le chemin d’Angkor Wat, le plus célèbre des temples, avec l’idée d’y voir le lever de soleil et d’en profiter avant l’arrivée d’un trop grand nombre de touristes.

Sur place bien sûr nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée-là, et les touristes orientés (ou poussés) par les guides (ou rabatteurs) s’agglutinent déjà proches des restaurants et d’un bassin d’où la vue est parait-il meilleure. Nous avons préféré nous isoler un peu plus loin avec à peine une dizaine de visiteurs, pour profiter du calme du lieu.

Un peu en avance sur le soleil, et voyant tous ces touristes restés assis en attendant les premiers rayons de soleil j’ai décidé d’en profiter pour faire un tour du propriétaire. J’ai donc traversé les galeries, traversé une cour, monté des escaliers pour finalement atteindre la base du sanctuaire dont j’ai pu faire le tour. Et le tout, sans croiser âme qui vive ! Personne, nadie, no-one ! Quel BONHEUR de se retrouver seul, absolument seul, dans un tel temple, à découvrir son architecture, son immensité et sa finesse à la lueur de ma lampe ! Impossible de ne pas penser à un rêve de gosse, celui de devenir « explorateur ».


Après 15 petites minutes à l’intérieur il est temps d’avertir Romain de cette aubaine qui en profitera lui aussi à son tour, seul, un petit moment ! Nous voilà deux déjà plus que ravis ! Et ce n’est que le début, puisque s’en est suivi, grâce à l’orientation est-ouest du temple, l’agréable spectacle du lever de soleil derrière les tours.

Débuté au XIIème siècle, juste avant Notre Dame de Paris, la construction a duré près de 37 ans avec l’aide de 300 000 ouvriers et pas moins de 6 000 éléphants. Sacré chantier donc ! La tour centrale, de forme phallique, symbolise Vishnou ; les murs d’enceinte représentent le Mont Meru, centre de l’univers pour les Hindous. Tous les murs sous les galeries, sur chacun des 4 côtés, soit quelques 800m, sont gravés sur 2m de haut. Autant de gravures et de représentations de l’histoire à déchiffrer et interpréter. A défaut de pouvoir vous les expliquer précisément, en voilà tout de même quelques-unes : des scènes du Ramayana, des représentations de Hanuman et de son armée de singes, mais aussi des dieux hindoues comme Râvana, Shiva ou Indra. Même le roi batisseur du temple, Sûryavarman II y est représenté. La plus importante est la fresque représentant « le barattage de la mer de lait », scène énormément représentée à travers tout Angkor. En deux mot : Démons et dieux hindous tirent chacun d’un côté  puis de l’autre sur le serpent Naga, autour du mont Meru, créant ainsi un nectar d’immortalité (épisode primordial de la création de l’univers), et faisant apparaître en autres des Apsaras (des nymphes). Le tout, sous les yeux de Vishnou, se préparant à devenir immortel.

 


A midi, nous nous sommes arrêtés au niveau de petites gargotes où les femmes vous invitent à venir manger chez elles en criant à plus de 50m de vous… Un vrai sketch au début… puis on s’y fait ! S’engagent alors un vrai jeu de négociation, pour savoir qui offre le plus aux tarifs le plus bas : 2 bouteilles d’eau pour 1$ ? 2$ le plat si tu m’offres une canette ? On a pris 2 assiettes chacun, tu nous offres les chips ? Bref, il est très facile de diviser les prix incroyablement hauts de la carte par 2 ou 3… On se demande encore si des touristes fortunés paient les prix du menu ?!

Pendant que nous sirotions notre soda, nous avons pu observer des macaques se balader le long de la route, toute proche. Tout en me méfiant d’eux, j’ai rangé nos affaires dans le sac juste avant que l’un d’eux ne s’approche, puis grimpe rapidement sur la table en s’emparant de la canette de Romain. Il s’est ensuite écarté de deux petits mètres pour siroter sa canette (sans la paille tout de même) en montrant les crocs à Romain dès qu’il voulut la récupérer. Une fois rassasiés, nous n’avons pas pu résister à la sieste dans un hamac (surtout moi… 1h30…), laissant filer les heures les plus chaudes de la journée.

En poursuivant notre route le long de la grande boucle nous avons croisé plusieurs temples, tous plus enchantant les uns que les autres. Rassurez-vous, je suis incapable de donner des explications sur chacun d’entre eux, bien que les dieux vénérés varient. Disons que l’architecture et le cadre change, mais les représentations divines et scènes mythiques sont (pour nous, novices) régulièrement les mêmes, avec plus ou moins de détails et de finesses.

Dans l’ordre, voici nos différents arrêts : le Preah Khan, un temple ayant été une grande ville antique et autrefois très animé, c’est aujourd’hui un immense temple en ruine, envahi par la végétation et les fromagers, ces arbres aux racines surdimensionnés qui pénètrent entre les pierres et disloquent des murs entiers. Neak Pean, un sanctuaire isolé sur une toute petite île au milieu d’un bassin, autrefois occupé par des bonzes (des moines bouddhistes) et rempli d’eau à la saison des pluies. Pre Rup, grande pyramide de briques que nous avons visitée aux dernières lueurs du soleil, juste avant de rentrer prudemment mais rapidement, de nuit.


Le jour suivant, nous avons encore une fois devancé le soleil, même si cela a été sincèrement plus difficile que la veille. Nous reprenons nos vélos et arrivons sur le site de Ta Phrom juste pour l’aube, un superbe site en ruine (bien qu’en restauration), encore bien abandonné à la jungle et aux énormes arbres fromagers (appelés ainsi car autrefois utilisés pour faire des paniers à fromages). Pour les cinéphiles, il paraitrait que le film Lara Croft avec la belle Angelina Jolie ait été en partie tourné ici. A vous de me confirmer, connais pas !

 



Notre dernier arrêt a été Angkor Thom, la célèbre cité fortifiée fondée par J7. Avant d’accueillir tous ces cars et scooters de touristes de passages, cette ville abritait au moyen-âge pas moins de 100 000 personnes. En pénétrant dans l’enceinte par une des cinq portes monumentale de plus de 20m de haut, on se retrouve rapidement face à la pièce maîtresse de cette forteresse, le Bayon. Cette « montagne magique » comme son nom l’indiquerait, est une telle prouesse architecturale qu’il est difficile de ne pas s’y perdre. Pour vous donner une idée de la taille du monument, voici quelques chiffres : Pyramide de trois étages, culminant à près de 43m, elle était composé de 54 tours (mais seules 37 ont résisté aux assauts du temps). Au sommet de chacune d’elles, sur chacun des 4 côtés, un énorme visage, soit autrefois précisément 216 visages ! Ce temple a été construit à l’époque de transition entre l’hindouisme et le bouddhisme et regroupe donc beaucoup de divinités adorées par les deux religions et donc tout l’empire Khmèr.




Le Baphuon, bien que se trouvant dans l’enceinte d’Angkor Thom, a été construit au XIème siècle et était donc là avant la ville fortifiée. Il était aussi un des plus grands monuments de l’époque. Son style particulier et ses escaliers vertigineux pour atteindre le sommet en fond un temple unique, qui plus est grâce au gigantesque Bouddha couché entrant en nirvana de 60m de long.


Toujours à l’intérieur de l’enceinte on aperçoit le palais royal, (autrefois en bois, et donc aujourd’hui poussière ! Seules les divinités avaient le droit à une construction en dur). Il y aussi deux terrasses, celle dite des éléphants et celle du roi lépreux (J7 serait mort de la lèpre), toutes deux embellies par de nombreuses gravures et sculptures.

Il est temps pour nous de partir, après ces nombreuses heures à arpenter les fameux temples d’Angkor, que nous avons plus qu’appréciés, complètement charmés par la sensation de paix et de sérénité qui règne aux premières heures du jour dans ces temples livrés à la nature.


Après un léger repos et une bonne douche, nous grimpons dans notre hôtel-bus pour y passer la nuit en couchette. Direction : Phnom Penh, la capitale.


 
  

lundi 6 avril 2015

4000 îles - Cambodge - Kratie

En descendant encore le long du Mékong, on atteint la dernière région du Laos, celle où la rivière sépare les terres en quelques 4000 iles et îlots. Seulement trois de ces îles sont facilement accessibles aux touristes que nous sommes : Don Khong, la plus grande et la plus au nord, en partie envahie par les guesthouses, restos et agences de tourisme ; Don Det, juste au sud de la précédente, beaucoup plus petite et calme ; et enfin Don Khône, encore plus au sud, et donc peut-être encore un peu plus tranquille.

Après être arrivés en bus jusqu’à l’embarcadère, nous avons emprunté une pirogue nous menant jusqu’à Don Det, où nous pensons séjourner. Après quelques minutes de traversée, nous y voilà, à la recherche d’un endroit tranquille et pas cher ou passer la nuit. Finalement, nous avons entièrement traversé l’île avec nos sacs sur le dos, tout en prenant le temps d’admirer le paysage, avant d’arriver sur l’île de Don Khône. Nous y avons trouvé un petit bungalow dans un cadre assez sympa, avec la terrasse du resto au-dessus du Mékong, ça respire la tranquillité et la sérénité.


D’ailleurs, à ce propos, notre séjour ici sera des plus reposants. Pas de grande virée en scooter ou en vélo, pas de trek pas d’excursion ultra-touristique. Juste la douceur de vivre au rythme de la vie locale. Nous en avons donc profité pour organiser un peu la suite du voyage et se reposer. Bien évidemment nous nous sommes quand même promenés dans les environs proches, sur les rives du fleuve, en observant la vie locale. Nous avons par exemple surpris des adultes, une première fois, jouant à la pétanque  à 11h du matin, avec une caisse de bière déjà vidée. (Vraiment bons d’ailleurs ! Les joueurs j’entends ! La bière Laotienne n’est pas notre favorite). A 13h, c’était au tour des enfants de s’affronter (sans la bière) pendant la pause déjeuner de l’école ! En les regardant un moment, on finit par leur proposer un match : Romain et moi contre deux des enfants. Et bien nous avons tant bien que mal décroché un match nul 3-3, juste avant que nos adversaires aient du retourner en classe. Au moins, nous aurons un peu joué à la pétanque au Laos. Chers amis, attention, nous n’avons pas trop perdu le coup de main ! ;)


Après deux jours de repos intensif, nous avions comme objectif de passer la frontière pour le Cambodge et la ville de Kratie. Arrivé à la station de bus, un homme semble organiser les formalités douanières pour tout le monde. Après renseignement, il demande 40$ et s’engage à s’occuper de tout, du visa, au tampon des policiers, etc… Nous acceptons, un peu naïvement en suivant l’effet de groupe, tels des moutons… Bref, nous avons passé la frontière avec une facilité déconcertante et avons pu grimper dans le premier bus quittant les lieux. Les plus courageux (et moins naïfs) ayant réalisé l’opération eux même, sans intermédiaire, s’en sont tiré pour 37/38$ en fonction de s’ils payaient le pseudo médecin chargé de vous prendre la température au cou avec un pistolet bizarre. (Apparemment à 35,7° C on passe tout de même…). Ces mêmes personnes ont par contre mis un peu plus de temps, devant négocier à chaque fois et finalement devoir attendre un bus pour quitter la frontière. Choisir entre simplicité et magouille ou perte de temps et économie, tel est le dilemme quotidien !

Nous voilà donc maintenant au Cambodge, pour au moins une semaine. Sans tarder nous nous sommes rendus à Kratie, notre premier arrêt dans ce nouveau pays.

La ville de Kratie constitue un chouette premier stop pour quiconque arrive du nord car c'est situé le long du Mékong (que l’on suit déjà depuis un moment) et profite donc de la dynamique que cela apporte à la ville. En ville justement, peu de choses, un marché populaire ou les locaux viennent faire leur provisions occupe une grande partie du petit centre-ville.
Ce qui vaut le coup ici, comme souvent, c’est de se balader dans les environs, comme par exemple sur l’île de Koh Trong, planté au milieu du fleuve. Nous nous y sommes rendus, après avoir loué deux vielles bicyclettes pour 1$ chacune, longuement attendu puis enfin effectuer la traversée en pirogue, qui sert aussi de navette pour les habitants de l’île. A l’heure du marché, ils traversent avec leurs nouvelles provisions, allant du vieux papi et ses deux petits poissons du dîner jusqu’au jeune avec 10 caisses de bières et multiples sacs de riz, qu’il revendra peut-être ensuite sur l’île.



Nous avons donc atterri sur ce petit îlot, où les gens vous font de grands sourires et les enfants vous crient joyeusement des « HELLO ! HELLOOOOO !!! » Tout en se mettant à courir derrière vous. Rien que pour ces nombreux visages souriants, le tour de l’île en vaut la peine. De toute façon, outre une calme balade en vélo ou à pied, il n’y a rien à faire ici… et c’est tant mieux ! De l’autre côté, on aperçoit facilement un village flottant tout proche, composé de quelques cabanes en tôles montées sur de précaires flotteurs.



L’après-midi, revenus sur le continent, nous avons poussé un peu plus au Nord cette fois ci. Pendant plusieurs kilomètres, les villages se sont succédés, les enfants aussi… Nous avons aussi pu remarquer des préparatifs de mariage, qui ont l’air de s’organiser dans la rue, devant la maison familiale. De grandes et belles tables sont dressées sous des tentes, et à l’entrée d’une d’elle figure un tableau grand format du futur couple. Tout semblait annoncer une sacrée soirée ! Et ce fût certainement le cas puisque en rentrant le soir, vers 18h, la musique et les cris se faisaient déjà entendre et ils nous était impossible de passer juste devant.


Nous avons fini par marquer un petit arrêt le long du Mékong (et oui, toujours lui !) en espérant pouvoir observer quelques animaux. Car c’est dans cette partie du fleuve, comme dans la région des 4000 îles, que se cache un bien étrange animal : le dauphin d’eau douce (ou « de l’Irrawaddy », un grand fleuve Birman où on le trouve aussi). Bien que respectée, voire sacrée, cette espèce est malheureusement menacée et ne compte plus que quelques dizaines de spécimens à travers le monde. Autant vous dire que c’est une vraie chance de pouvoir les observer… Enfin, encore faut-il réussir à les voir !

Effectivement, ma dernière expérience en ce qui concerne les dauphins d’eau douce sont ceux que j’ai croisé en Amazonie, les dauphins roses, et ils étaient on ne peut plus discrets : sortant à peine la nageoire dorsale et l’évent pour respirer puis replonger pour une quinzaine de minutes… Qu’en est-il de ceux du Mékong ?

Et ben c’est incontestablement beaucoup plus facile ! Après nous être regroupés avec quelques autres jeunes touristes nous avons embarqué sur une pirogue à moteur en direction d’une zone plus profonde. Et là, ho surprise, au bout de quelques secondes seulement, la première apparition. Et pendant presque une heure, arrêtés sur l’eau calme mais sous un soleil de plomb, s’en est suivi de très nombreuses. Quatre dauphins nous ont tourné autour, à quelques mètres parfois seulement, en sortant brièvement leur dos ou leur petit museau rond.




Nous n’avons pas tardé à plonger nous aussi, tout proche d’ici, dans les « rapides » de Kampi, lieu populaire où les locaux viennent se rafraîchir durant la chaleur de l’après-midi. Des terrasses ombragées, montées sur pilotis, avec de nombreux hamacs ont été installé, sous lesquelles les baigneurs ont pris place. En étant les deux seuls blancs du coin, forcément on attire un peu les regards, surtout ceux des gosses, qui ne trompent jamais… Du coup, nous avons répondu à ces regards, par un sourire, un geste, puis un jet d’eau… et enfin, une vraie bataille d’eau : nous deux contre une dizaine de mini-cambodgiens surexcités. Quel plaisir de dépenser notre énergie avec ces enfants pendant plus de 1h30 ! Même si, une fois de plus, nous ne nous comprenions absolument pas, et que leurs prénoms (difficilement demandés) sont inretenables ou imprononçables !


Le soleil nous séchant de ses derniers rayons, il était grand temps de rentrer avant que la pénombre ne rende le trajet plus dangereux que ce qu’il ne l’est déjà avec la conduite des locaux.



Notre étape suivante se situe à l’ouest du Cambodge, à une journée de bus d’ici : c’est Siem Reap, la nouvelle ville ayant vue le jour à côté des temples d’Angkor ! =)